Emmanuelle Brett démarche artistique

Autour de nous, deux mondes s’opposent : d’un côté, le monde qui s’offre à nous avec toute sa violence et de l’autre celui que l’on ne voit pas. Ce monde intérieur et invisible est le mien, il emplit mon univers pictural teinté. Souvent, je pense aux mots de Saint-Exupéry « l’essentiel est invisible pour les yeux ». A mon sens, être artiste, c’est vivre dans ce monde différent, ce monde de liberté, de rêves et d’intériorité…
Quotidiennement, dans mon atelier, baigné de lumière océane, l’imaginaire tente de prendre le pas sur le réel et dans une sorte de rêve éveillé, je travaille sur des harmonies colorées et des rythmes de composition. Ma mémoire visuelle et mon imagination se mêlent pour recomposer la réalité, s’approcher de visions oniriques, peindre un monde féerique dans lequel il ferait bon vivre ! Nostalgie d’un monde perdu !
Au commencement de ma toile recouverte d’une teinte en acrylique rouge, j’esquisse au fusain les grandes lignes de composition et pose mes premières masses colorées à l’huile. Comme dans une partition musicale, je pense dominantes, rythmes, silences, vides et pleins. J’imprime des accords énergiques de lignes courbes et déformées à l’aide d’une gestuelle maitrisée. Ces rondeurs envahissent la toile afin de donner du mouvement : notre monde n’est-il pas en perpétuelle évolution ? Le sujet figuratif devient alors très vite un support pour exprimer « la couleur en soi ». La couleur née de la fête est utilisée pure à partir de pigments que j’ai broyé ou alors, enrichie d’infinies nuances sorties des tubes. Les valeurs colorées ont toujours une dominante à laquelle s’ajoutent des tonalités multiples. Une ambiance rouge s’enrichira de 5 ou 6 nuances. Les touches à la brosse ou au couteau sont juxtaposées jusqu’à atteindre les tons justes et les accords harmonieux les plus parfaits possible. Les contrastes colorés, le jeu des teintes transparentes posées en glacis au couteau, accrochent la lumière car celle-ci, source de vie est indissociable de la peinture. J’affectionne les couleurs fortes et chaudes pour m’approcher d’une peinture légère et joyeuse.
Mes toiles quand elles se font marines montrent des bateaux toutes voiles dehors ondulant sur les vagues. J’aime aussi peindre ces villages inspirés des contes, aux toits qui dansent et aux perspectives renversées. Cependant, mon dessein est toujours le même : l’hymne à la couleur, et la ligne pour exprimer la vie.
Et je me souviens des propos de Matisse : « Le tableau est fait de la combinaison de surfaces différemment colorées, combinaison qui a pour résultat de créer une expression. De la même façon que dans une harmonie musicale chaque note est une partie du tout, ainsi souhaitai-je que chaque couleur eut une valeur contributive. Un tableau est une coordination de rythmes contrôlés... »